Et quand j’eus terminé, je pleurai pour la première fois depuis 1944. Je pleurai comme un homme qui vomit, comme un homme qui excrète quelque chose de toxique, comme un homme qui se vide de tout son être. Finalement, Thomas me remercia. Il me dit que j’étais courageux. Je lui répondis que le courage n’avait rien à voir là-dedans, que je n’avais plus rien à perdre, que j’étais vieux, que mes enfants étaient grands, que je me fichais de ce que pensaient les autres, que je voulais simplement que la vérité existe quelque part, même si personne ne la regardait directement.
Le documentaire, sorti en 2007 et intitulé « Les Oubliées de la Guerre », a été diffusé sur une chaîne de télévision publique française un mardi soir à 22h30. Peu de gens l’ont vu, mais ceux qui l’ont vu l’ont compris. Certaines ont pleuré, d’autres ont envoyé des lettres : des lettres de soutien, des lettres de colère contre un système qui nous avait abandonnées, des lettres d’autres femmes ayant vécu la même chose et se sentant moins seules.
Mes enfants ont découvert la vérité en regardant ce film. Ils ne m’ont rien dit pendant deux semaines. Puis ma fille est venue me voir. Elle pleurait. Elle m’a demandé pourquoi je ne leur avais rien dit. Je lui ai répondu que je ne voulais pas qu’il me voie autrement. Qu’il me voie comme une victime, qu’il porte ce fardeau lui-même. Elle m’a serrée dans ses bras et m’a dit qu’elle comprenait.
Mon fils, pourtant, n’est jamais venu. Il ne m’en a plus jamais reparlé. Je ne sais pas s’il m’en veut ou s’il m’en veut. S’il préférait mentir, je ne lui ai jamais posé la question. J’ai quinze ans maintenant, je suis fatiguée, mes mains tremblent, ma vue se trouble, mais le souvenir reste intact. Chaque détail, chaque odeur, chaque son, comme si mon cerveau avait décidé que cela, et seulement cela, méritait d’être préservé. La parentalité
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