À seulement 18 ans : qu’est-ce que le commandant allemand lui a demandé dans la chambre n° 13 !

Nous avons correspondu pendant deux ans, échangeant de longues et profondes lettres où nous tentions de nous comprendre. Elle me parlait de son père, de l’homme qu’elle avait connu : aimable, patient, passionné de littérature et adorant ses petits-enfants. Je lui parlais de l’homme que j’avais connu : froid, méthodique, indifférent à ma souffrance.

Nous essayons de concilier ces deux images, de comprendre comment une personne peut être les deux à la fois, comment la guerre peut engendrer cette schizophrénie morale. Elga est décédée en 2009. Elle m’a laissé une dernière lettre ouverte après sa mort, écrite par sa propre fille. Dans cette lettre, elle me remerciait. Elle disait que notre correspondance lui avait permis d’accepter son histoire familiale, qu’elle pouvait enfin voir toute l’humanité de son père, avec ses côtés sombres, qu’elle avait cessé de l’idéaliser, qu’elle comprenait que l’amour qu’elle éprouvait pour lui…

Il ne l’obligeait pas à nier ses crimes, il prouvait qu’il était possible d’aimer quelqu’un tout en reconnaissant ses actes impardonnables. Cette lettre m’a profondément touchée car elle révélait quelque chose de rare, de précieux : la capacité d’affronter la vérité sans se détruire, la capacité de porter le poids de l’histoire sans s’effondrer.

L’opportunité de transmettre ce souvenir aux générations futures, sans haine, mais avec lucidité. Aujourd’hui, en 2010, je sais qu’il ne me reste plus beaucoup de temps. Mon cœur est las, mon corps me lâche. Mais avant de partir, je voulais laisser ce récit complet. Pas seulement ces quatre heures de documentaire, mais l’intégralité du récit.

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