L’opportunité de transmettre ce souvenir aux générations futures, sans haine, mais avec lucidité. Aujourd’hui, en 2010, je sais qu’il ne me reste plus beaucoup de temps. Mon cœur est las, mon corps me lâche. Mais avant de partir, je voulais laisser ce récit complet. Pas seulement ces quatre heures de documentaire, mais l’intégralité du récit.
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Chaque détail, chaque nuance, chaque contradiction, car l’histoire n’est jamais simple, car les victimes ne sont pas toujours innocentes, car les bourreaux ne sont pas toujours des monstres manifestes, car la guerre révèle le pire de l’humanité, mais parfois, étonnamment, aussi le meilleur. Sur la grande scène, il y avait une jeune fille nommée Marguerite. Elle avait 22 ans.
Elle venait de Marseille. Elle fut arrêtée pour avoir aidé la Résistance. Au lieu de la fusiller, les Allemands l’y envoyèrent en guise de punition, d’humiliation. Marguerite refusa de se laisser briser. Elle chantait doucement la nuit, quand les officiers étaient absents. Elle chantait des chansons françaises, des chansons de liberté, des chansons d’espoir.
Et nous, les autres filles, nous l’écoutions. Et pendant quelques minutes, nous n’étions plus des objets. Nous étions redevenues des personnes. Marguerite a survécu. Elle est retournée à Marseille. Elle a adhéré au Parti communiste. Elle est devenue militante syndicale. Elle a lutté toute sa vie pour les droits des femmes, pour les victimes de la guerre, pour les oubliés de l’histoire. Elle est morte en 1998.
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