Mes enfants ont découvert la vérité en regardant ce film. Ils ne m’ont rien dit pendant deux semaines. Puis ma fille est venue me voir. Elle pleurait. Elle m’a demandé pourquoi je ne leur avais rien dit. Je lui ai répondu que je ne voulais pas qu’il me voie autrement. Qu’il me voie comme une victime, qu’il porte ce fardeau lui-même. Elle m’a serrée dans ses bras et m’a dit qu’elle comprenait.
Mon fils, pourtant, n’est jamais venu. Il ne m’en a plus jamais reparlé. Je ne sais pas s’il m’en veut ou s’il m’en veut. S’il préférait mentir, je ne lui ai jamais posé la question. J’ai quinze ans maintenant, je suis fatiguée, mes mains tremblent, ma vue se trouble, mais le souvenir reste intact. Chaque détail, chaque odeur, chaque son, comme si mon cerveau avait décidé que cela, et seulement cela, méritait d’être préservé. La parentalité
C’était comme si tous les bons moments – les rires de mes enfants, les promenades avec Henri, les repas en famille – avaient été effacés, ne laissant que ceci, dans le 13e arrondissement, rue Richter, dans cette pièce maudite. Les historiens, à juste titre, parlent abondamment de la Shoah. Ce fut l’horreur absolue, l’industrialisation du meurtre, une tentative d’extermination totale.
Je ne compare pas, je ne minimise pas. Mais d’autres horreurs ont eu lieu pendant cette guerre. Des horreurs moins visibles, moins documentées, moins reconnues. Et parmi elles, il y a ce qui nous est arrivé. À nous, les femmes des bordels militaires. Nous n’avons pas été gazées, nous n’avons pas été abattues, mais nous avons été méthodiquement, systématiquement anéanties.
Après la guerre, la honte, la culpabilité et l’indifférence nous ont effacés. Il existe peu d’archives sur les soldats ayant fréquenté les bordels en France. L’armée allemande a détruit la plupart des documents avant leur fuite. Ceux qui subsistent sont dispersés dans les musées et les archives, souvent sans être catalogués. Pendant des décennies, personne ne les a recherchés.
Personne ne voulait savoir car admettre ce qui nous était arrivé revenait à admettre que la France l’avait permis, que les autorités françaises, même sous occupation, auraient pu faire davantage, que certains Français avaient activement collaboré à notre exploitation, que des femmes françaises comme Madame Colette dirigeaient ces institutions.
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